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Assemblée Générale 2014 - le 19/06/14 à la Salle Polyvalente de Montfavet

 

AG 2014 - RAPPORT MORAL DU PRESIDENT M. MONTAL

Assemblée Générale 2014

RAPPORT MORAL

Habituellement préoccupé par des contingences de gestion, d’activité, de résultats financiers, d’évolutions règlementaires ou des politiques sociales, de relations avec les autorités de contrôle, il n’est pas de coutume pour un responsable associatif, assez paradoxalement il faut bien le reconnaitre, au moment de rendre compte de ce qui a été significatif de l’activité de l’association au cours des mois qui ont précédé, de s’attacher en premier lieu à parler de ceux qui sont les premiers et principaux bénéficiaires de cette action, c’est-à-dire les jeunes accueillis et accompagnés par les différentes équipes. Bien entendu, ces contingences existent et le cru 2013 nous a gratifié de sérieuses difficultés ainsi que les différents rapports qui vont vous être présentés en attestent. Toutefois, l’actualité me procure l’occasion de rendre hommage aux équipes et aux professionnels pour l'attention qu’ils portent quotidiennement à mettre en œuvre des interventions de qualité au profit des jeunes et de leur famille. Je vous invite à une lecture attentive des rapports d’activité rédigés par chaque directeur et leurs équipes. Ils portent témoignage  de cette attention et la présentation des activités qui sont déployées ici ou là, tout comme la situation de Julien, d’Amélie ou d’Antoine, font état de cet engagement, ce qui, par exemple, fait dire à Noëlle SEGU qu’aucun livre aussi intéressant soit-il, ne lui a apporté autant de perspectives que le cheminement qu’Antoine lui a permis au poste qu’elle occupe. Bel exemple de cette réciprocité, cette récursivité  qui est au cœur du processus éducatif qui fait que l‘éducateur fait l’enfant mais qu’en retour l’enfant fait l’éducateur, que l’éducation éduque autant l’éduqué que l’éduquant, dès lors que l’on considère, bien entendu, qu’éduquer ce n’est pas formater ou conditionner, contrairement à ce qu’une vision normative tendrait à le faire croire, mais c’est relier, interagir, faire ensemble, c’est instaurer un rapport fondé sur la reconnaissance de l’autre, de ses ressources, de sa capacité d’agir, à visée d’émancipation, et non sur un rapport de force ou de pouvoir à visée d’asservissement et de domination.

L’actualité c’est aussi, dans quelques jours, dans le cadre de La Maison d’Enfants La Verdière, l’ouverture effective de l’Unité d’Accueil pour Adolescents en grande difficulté. Cette réalisation est le résultat d’un travail assidu de plus d’une année conduit, dans un premier temps, au sein de l’association et à l’initiative de celle-ci, pour réfléchir à l’élaboration d’une alternative apte à répondre à la situation de ces jeunes qui mettent en échec les dispositifs et institutions traditionnels de la protection de l’enfance de même que ceux du médico-social, du sanitaire ou de la justice, épuisant le système qui est censé les protéger. Je tiens à remercier celles et ceux qui se sont engagés, au cours du premier semestre 2013, dans ce groupe projet composé de professionnels de toutes catégories, représentant la quasi-totalité des établissements et services, pour leur contribution précieuse, inspirée de leur expérience, de leur expertise et du croisement de leurs regards, bienveillants, sur ces enfants à la dérive, pétris de meurtrissures, égarés dans un monde toujours plus hostile miné par la peur de l’autre, le rejet des différences, le repli sur soi, qui ne leur fait aucune place. C’est peut-être pour cela qu’on les qualifie « d’incasables » ; « l’incasabilité » serait d’abord le symptôme d’un système institutionnel gangué de rigidités, étouffé sous un monceau de normes, de conformités obligées, sous l’empire du principe de précaution et du risque zéro. Or, travailler avec ces jeunes exige de revisiter nos cadres de référence et nos seuils d’exigences, faire du pas à pas, tâtonner, chercher, essayer, ajuster, se rendre disponible là et au moment où ils sont et se donner le temps de cheminer avec eux, parfois à la lisière des sentiers battus ou balisés par les référentiels, les codes ou les guides de toute nature, accepter de « se laisser balader » au gré de leur humeur nomade jusqu’à saisir le moment où l’on pourra, ensemble, s’engager sur un autre chemin. C’est donc aussi, inévitablement, prendre des risques, certes réfléchis, mais qui sont « fondateurs et contingents » de l’action éducative comme l’avait affirmé Joël Henry, alors président du CNAEMO.

Ce projet a été pris en compte par les autorités de tarification dans un contexte où plusieurs établissements de Vaucluse rencontraient depuis de nombreux mois de sérieuses difficultés liées à l’accueil de ces jeunes, épuisant les professionnels démunis et sans réponses adaptées face à des comportements transgressifs et souvent très violents. Cette prise en compte s‘est assortie de l’acceptation d’une enveloppe non pérenne destinée au financement des postes attachés à la prise en compte des soins : psychiatre et infirmier, dans l’attente du résultat des échanges en cours entre le Conseil Général et le CH de Montfavet quant au financement de ces postes par l’hôpital. Nous remercions, bien entendu, les autorités de tarification pour avoir permis que ce projet se réalise malgré l’effort financier qu’il nécessite.

Le contexte de mise en œuvre de ce projet offre aussi l’occasion d’apporter un éclairage sur un ensemble de préoccupations qui se posent à l’association que l’on peut regrouper sous quatre registres : le resserrement des financements, la coopération entre les institutions, les missions du travail social et l’innovation sociale.

Concernant le resserrement des financements, ce projet a pu se réaliser sous réserve qu’il soit financé, pour l’essentiel, par redéploiement des moyens déjà existants dans l’établissement. Le constat est fait d’une pression qui s’accentue sur le financement des activités. La lettre de cadrage du Conseil Général pour les budgets 2014 faisait état d’une diminution globale des enveloppes de 1%. Si nos budgets n’ont, pour l’essentiel, pas été trop affectés par cet objectif, le budget de l’AEMO a été amputé d’un ETP et les normes de prise en charge sont passées de 27 mineurs par travailleur social à 28, aggravant ainsi les conditions de réalisation des missions et affectant leur qualité. Nous regrettons, bien entendu, que les échanges que nous avons avec le CG depuis plusieurs années à propos d’une évolution des missions de ce service en vue d’une meilleure réponse aux situations rencontrées, n’ait fait l’objet d’aucune prise en compte. Il y a fort à craindre que cette tension sur les financements ne s’accentue au regard des impératifs d’économies fixés par le gouvernement et auxquelles les collectivités territoriales devront apporter une contribution significative.

La coopération entre les institutions est, quant à elle, au cœur de la construction du projet et en constitue un facteur essentiel de sa réussite. Or, force est de constater qu’il y a parfois loin de la coupe aux lèvres et des déclarations d’intention à une concrétisation des projets. Il en est ainsi de la convention de mise à disposition d’un infirmier par l’hôpital de Montfavet, promise depuis plusieurs mois et que nous attendons toujours alors que l’Unité ouvre dans les jours prochains. Ainsi en est-il également des modalités d’accueil et de suivi des mineurs accueillis dans l’Unité avec les services de l’ASE qui laissent planer quelques incertitudes. Or, en ce domaine comme dans celui de l’éducation, la coopération repose sur la reconnaissance réciproque, la co construction, l’échange et le croisement des regards et s’accommode mal de postures autoritaires et de décisions non explicitées.

Dans ce contexte, face à l’effet de ciseaux entre la contraction des financements et l’explosion des besoins générés par la crise, existe-t-il encore une ambition pour le travail social ? Quel est le chemin parcouru depuis qu’en 1982 Nicole QUESTIAUX, alors ministre de La Solidarité Nationale, publiait une circulaire « Orientations pour le travail social » où elle exprimait sa volonté de refonder une nouvelle citoyenneté par l’action sociale, de sécuriser le statut des professionnels par la clarification des missions de l’action sociale et de garantir un pluralisme institutionnel en articulant tous les champs du sanitaire au social et du public au privé ? Ces enjeux restent aujourd’hui, plus de trente ans après, d’une brûlante actualité. Les travailleurs sociaux s’épuisent, dans une société de plus en plus excluante, à tenir la position d’intermédiaire entre les publics relégués aux lisières du vivre ensemble et le fonctionnement commun de la société. Les Etats Généraux du travail social, dont les travaux ont débuté en région en janvier 2014 et doivent s’achever à l’automne, seront-ils en mesure de refonder cette ambition ? Beaucoup en doutent devant l’absence de portage politique clair et une organisation qui dès le départ a fait très peu de place aux professionnels de terrain s’exonérant de ce fait de la démarche participative et ascendante qui était annoncée dans la feuille de route. Or, l’un des défis de ces Etats Généraux est de valoriser et capitaliser le savoir des travailleurs sociaux, pour ajuster et enrichir les politiques sociales qu’ils mettent en œuvre.

Dans un environnement aux incertitudes grandissantes, où l’on réalise que ce que l’on a nommé crise devient mutation et qu’on n’en voit pas la fin, il est légitime que les associations s’interrogent sur leur existence et leur devenir. C’est le sens de la démarche engagée par l’ADVSEA dans son rapprochement avec RHESO pour constituer AliA, qu’ont rejoint depuis l’IMF et l’UDAF et dont c’est aujourd’hui le premier anniversaire. C’est sur cette note d’optimisme que je conclurai ce rapport moral. La démarche d’AliA vise à agir dans le cadre d’une plateforme associative pour redonner de la densité au fait associatif et développer des solidarités à l’échelle du territoire. Elle fait de la promotion de la coopération la clé de voûte de la dynamisation du territoire : coopération entre associations pour proposer une vision politique et améliorer l’offre sociale locale, entre le secteur associatif et les entreprises comme vecteur d’innovation sociale et avec les citoyens pour promouvoir une vision commune du territoire. Cette ambition prend appui sur une démarche prospective dont l’objet est l’étude des futurs possibles, une démarche qui fait dire à Dominique BALMARY, Président de l’UNIOPSS, qu’elle « produit de l’optimisme parce qu’elle va précisément révéler que le futur est entre nos mains, si nous le voulons ».

 

 

 

            Le Président de l’ADVSEA,

 

            Aimé MONTAL
 

 
 

Buffet préparé par le service de Prévention Spécialisée et son équipe
Pâtisseries réalisées par les enfants de la MECS la Verdière

Buffet préparé par le service de Prévention Spécialisée et son équipe.
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